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Archive for the ‘La Rochelle 16/03/2014’ Category

Épave de Glaucos

Les derniers jours de sa vie furent comme les derniers jours de ce navire sombré qu´on est enclin à voir sur la photo. À cause de sa maladie il avait du mal à bouger toute comme si la maladie était une espèce de boue ou de sable èpaise ne lui permettant de rien entamer, quand bien même il l´aurait voulu de toutes ses forces.

Ce fut quelque chose de pénible à voir, l´spectacle de l´ impuissance de ses derniers jours, car sa volonté, si fragile qu´elle ait été dans le passé, commençait à se montrer comme la proue emphatiquement survivante qui, d´emblée, attire l´attention de celui qui regarde l´image ci-dessus. Elle fut à même de surmonter des obstacles qu´on croyait insurmontables. A ce moment de sa vie, au moment juste où la maladie s´empâra de lui , il prenait, de fait, son élan.

Chaque fois qu´on met sous les yeux l´image de cette masse informe, si pareille à un bateau échoué qui s´efforce dans l´épaisseur des sables de continuer à naviguer, on ne peut que penser à lui en luttant contre l´ infirmité.

C´est la qualité lourde de cette lutte, le fait de l ´avoir prolonguée jusqu´au bout, ce qu´on admire , quoiqu´on se demande de fois si sa demeure dans l´épaisseur des sables, au contraire que celle d´une tortue qui y avance lentement pour pondre ses oeufs, ne fut pas une lutte condamnée d´avance à l échec.

Fut-il, ce lieu, vraiment le lieu de son échec? C´était la question que l´spectateur face à la photo se posait, alors qu´il se souvenait de cette periode où son maximum succés et sa chute la plus définitive coïncidèrent.

Saisi par la perplexité que toujours cette incongruité lui causait, l´spectateur se rapprocha de l´image , inclina la tête vers elle, puis il prit de la distance pour essayer de la mettre en perspective. Ensuite, il s´avoua qu´il n´y avait pas de perspective possible car l´espèce de bateau qui s´enfoncait dans l´épaisseur des sables n´était rien d´autre chose que la représentation de son dernier trajet avant de s´y fondre.

Platon-La République-Épilogue, scène 2:

“Le spectacle qui nous est offert,cependant, nous avance autant que la vue de Glaucos de la Mer a pu avancer les témoins. Il était difficile de voir sa forme primitive, d´origine, parce que les membres d´autrefois n´avaient pas résisté aux fractures ou à l´écrasement ou à un délitement total parmi les flots, et qu´il s´y était agregé des éléments étrangers, des coquillages, des algues, des pierres, et il avait plutôt l´air d´une bête quelconque que de lui-même en sa forme originelle. Et tel est aussi le spectacle que l´âme nous offre, du fait de misères sans nombre.”

 

 

À la plage, en quête du pétrole

Voilá qu´aprés avoir teté ma mère, je me trouve à la fin tout seul á la plage et content de l´être. Mes parents ne sont pas loin de moi mais ils se font bronzer allongés sur leurs serviettes de plage et parlent de n´importe quoi avec leurs amis.

Par contre je me concentre sur une tâche bien differente qui me trouble despuis hier, lorsque j´ai entendu mon père se plaindre de son chef en disant qu´il- mon père- veut devenir riche  pour ne pas dépendre d´aucun conard.

Pour mieux pouvoir me concentrer sur cette tâche, il ne faut pas forcément  que j´aie la sucette dans ma bouche mais il est tout à fait necessaire que je porte un chapeau bien enfoncé dans ma tête de sorte qu´il me protège des rayons genants du soleil.

L´affaire dont je me suis pris en charge peut sembler simple pour un adulte. Rien plus facile aparemment que de se servir d´un seau et d´une pelle en plastique lorsqu´on est à la plage et dispose autour de soi de toute la sable du monde pour creuser à plaisir.

Mais les adultes, y compris mes parents, se trompent comme toujours. En realité c´est un vrai mystère , ce que je m´éfforce à dévoiler et ce dévoilement demande que je prends ma tâche au serieux au lieu de me faire bronzer ou de me mettre à bavarder avec des amis.

Voici l´enigme qui j´aimerais résoudre, un vrai casse-tête que je voudrais conclure sans l´aide de personne : comment est´ce que je peux arriver à m´en sortir avec ces trucs en plastique qui se trouvent devant moi et qui, à ce que j´ai entendu à mon père, doivent former un ensemble d´outils dont la combinaison me permettra de creuser jusqu´au fond de la plage et, trouvant ainsi du petróle, finira pour me rendre l´enfant le plus riche du village où je passe mes vacances avec mes parents?

C´était la question fondamentale à laquelle au moment de la photo je m´adonnais de toutes mes forces  tout en ignorant ce qui ne rélevait pas d´elle.

Depuis, le temps est passé et je ne suis plus l´enfant sur l´image. Malhereusement  ce jour-là je n´ai pas reussi à trouver  du pétrole et , du coup, je ne suis pas devenu riche. En fait, peu de temps après la prise de la photo, ma mère m´a pris dans ses bras pour changer ma couche mouillée.

Neánmoins j´ai le sentiment qu´il en reste toujours quelque chose. Pas la couche dont je n´ai plus besoin, pas non plus la sucette que je n´avait  même pas au moment saisi par l´ instantané, mais plutôt l´ensemble de trucs en plastique qui, au fil des années, se sont transformés en mots, mots auxquels- j´en suis covaincu- je puiserai un jour du pétrole.