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Archive for the ‘Des histoires’ Category

L´Entrepôt

Jeudi matin. Rendez-vous à 10:30 dans le village de Humanes. Mission: déloger paisiblement le locataire et réussir à ce qu´il signe la fin du contrat de location.

Ce n´était pas du tout la première fois que j´y allais.

Depuis six années, peu après l´éclatement de la bulle immobilière en Espagne, j´avais commencé à me rendre vers ce batîment industriel dans le sud de Madrid tous les trois mois à peu prés.

Je me souviens encore de l´agent immobilier qui, parmis tous les entrepôts vides dans cette zone industrielle dévastée par la crise, avait réussi à louer le notre à ces maghrébins en ajoutant un dépôt de garantie de six mois de loyer. Trés recemment j´avais appris au téléphone qu´il avait un cancer en phase terminale.En raccrochant  je ne pus que ressentir un bref déchirement dans mon coeur.

Le batîment en question était ancien. Il consistait en un hangar sans piliers rempli , en l´ocurrence, des vêtements usés que le locataire marocain entaissait pour les faire transporter après au Maroc. Même les deux petits bureaux étagés à droit de l´entrée se trouvaient à ce moment là remplis des manteaux, robes, gabardines, tongs et tissus usés en tout genre.

Au cours de cette periode j´avais connu plusieurs Mohameds, aussi  un Ayed , qui était  le cousin d´un d´entre eux et  même un  Mimon, qui était  à son tour, le chauffeur et, soi-disant, domestique d´un des  Mohameds , qui l´avait quitté il y a un an por déménager, je suppose d´aprés ce que Mimon me disait, aux Pays Bas. Tous ou presque tous étant originaux de la ville de Nador dans le nord de Maroc.

Pendant tout le temps du contrat, non sans peine et avec des efforts et du retard, j´avais pu toucher le montant du loyer jusqu´au jour où l´un des Mohammeds, le jeune locataire, eut un accident de voiture pendant ses vacances au Maroc.

Le regard perdu, une blessure à la tête et visiblement amaigri après avoir lutté contre la mort, Mohammed  était cependant là, bien present parmi nous, autour de cette table située en plein milieu du hall de l´entrepôt.

L´entrepôt appartenait à ma famille et j´étais là pour défendre ses intêrets. En même temps ma conscience réveillée par la signature imminente de la fin du contrat retenait d´autant plus mon attention surs ces gens qui m´entouraient; tous ces inconnus avec lesquels j´avais fini par tisser des liens sinon affectifs assez singuliers pour m´éloigner de l´entourage auquel j´appartenait et au nom duquel j´agissait.

Dès lors une espèce de voyage  s´ensuivit lorsque je les entendis parler entre eux en arabe, lorsque je m´égarai en essayant de comprendre quelques uns de leurs gestes, lorsque je rémarquai avec effroi le visage de l´un d´entre eux semblable à celui d´un géant aux sourcils épais qui se réjoignaient. C´est alors qu´Ayed traita d´africain un jeune noir qu´il venait d´appeler pour qu´il l´aide le week-end à donner le dernier coup de balai.

En fixant mon regard sur chacun de ces hommes j´arrivai à coincilier la mélancholie qui se dégagait des adieux avec la signature formelle du document que je portais dans ma valise, comme s´il avait déjà quelque chose qui nous rattachait à jamais dans le fait même de nos noms écrits à l´encre sur le papier.

Même aprés la signature et avoir apris quelques jours plus tard lors d´ une inspection plus en détail du batîment que les locataires  firent un trou dans le sol pour cacher ceux d´ entre eux qui étaient sans-papiers, je ne pus pas me défaire de la sensation douce-amère d´avoir laissé derriere moi, non un entrepôt quelconque, mais un monde et un temps révolus, une partie de moi- même, qui  encore en train de se déchirer,  ne fut rien d´autre qu´un tissu frágile que la vie avait entreposé dans mon coeur.

 

 

Fin et dernière partie de l´essai du mélo épistolaire: la lettre d´ Olympia, l´intruse

Chère Vivian,

J´ai beaucoup hesité avant de t´écrire cette lettre. La vie est parfois injuste et nous soumet à tels déchirements qu´on a du mal à éclaircir le vrai rapport entre notre présent et notre passé.

Trés récemment, pourtant, le passé, notre passé, le passé de nous trois a jailli dans mon présent ici à Boston d´une façon tortueuse et inattendue.

Clark est blessé et en prison.

Oui, je parle de Clark Gable, notre voisin à Savannah, ce gamin avec lequel nous nous amusions en jouant à cache-cache sur la plage quand nous étions petits.

Il se trouve que Clark est devenu prisonnier, prisonnier, de surcroît, de mon père, nommé lieutenant-colonel de l´armée du Nord peu après du déménagément de ma famille vers Massachussetts.

Dans le tiroir du bureau de mon père j´ai trouvé avant-hier une lettre que Clark aurait voulu t´écrire depuis le champ de bataille. Une lettre d´amour.

Malgré tous mes efforts pour ne pas croire ce qui était écrit, le ton, l´élan, le courage qui se dégagait de chaque mot m´ont finalement amené à admettre qu´il s´agîssait de notre Clark- le tien, aparamment, plus que le mien, à vrai dire.

Ce jeune costaud et impulsif dont – il s´est averé aprés coup-les deux étions sécrétement amoureux , est sorti grâce à cette lettre que l´hasard a fait tomber entre mes mains, d´un temps que j´avais presque entièrement oublié. Retournant alors depuis les rivages de Lethé, un type passionel de mâle s´est soudainement dressé dans ma mémoire pour me rappeller ce qui ici à Boston si cruellement  me manquait. En lisant, comme une intruse sans conscience de l´être, ces lignes adressées à toi, Vivian, j ´ai pu ressentir l´aiguillonnement du premier amour surmontant le naufrage de l´oubli.

Or, ne t´inquiete pas car je guerirai avec tendresse les blessures de Clark et, cela fait, ma chère et ancienne rivale, je chercherai avec encore plus de tendresse á le rendre véritablement libre auprés de moi. Son naturel sudiste et un tant soit peu déréglé accordera aux moeurs bourgeoises de ce Nord sans esclaves un brin d´excitation qui me sauvera de l´ennui où j´étais jusqu´ici plongée.

 

2ème partie de l´essai du mélo épistolaire : contexte et apparition de l´intruse.

Clark, Vivian et Olympia étaient trois enfants qu´on voyait jouer ensemble sur la plage de la ville de Savannah dans le sud des Etats-Unis.

Dès son enfance le coeur de Clark était secrètement divisé entre Olympia et Vivian. Elles ,á leur tour, étaient les deux secrètement éprises de Clark.

Dans leur jeuneusse ,pourtant ,Olympia et sa famille abandonnèrent Savannah et le Sud esclaviste pour aller vivre vers le Nord.

Aprés avoir lu la lettre de Clark, qui avait été fait prisionnier par le père d´Olimpya, devenu lieutenant colonel de l´armée du Nord, Olympia se met à écrire une lettre à Vivian l´informant la-dessus et lui dévoilant ses intentions à propos de la liberté de Clark.

 

Essai de mélo épistolaire: 1er Partie: Lettres de Vivian et Clark

Mon cher Clark,

Je n´arrête pas de regarder cette photo que je vous envoie dans cette lettre.

Vos mains autour de ma taille ne cessent pas d´échauffer mes souvenirs.

Je l ´ai trouvée quelque part dans mon humble demeure de façon hasardeuse. Maintenant, à chaque instant que je porte mes yeux sur elle je ne peux que ressentir le plus petit poil de votre noble moustache enflammer mes joues encore ardentes.

Je sais que vous êtes loin, que vous êtes parti à la guerre ça fait trois semaines. Vous me manquez beaucoup et j´ai fort besoin d´avoir des nouvelles de vous. Plus je crains que votre vie puisse être en danger, plus je m´accroche à cette photo comme à une trouvaille que je ne voudrais jamais perdre de vue.

C´est pourquoi je suis en train de la regarder à nouveau ne pouvant pas éviter cette fois que mon nez sente le parfum pénétrant qui descende de votre chevelure gominée.

Oh Clark! Je vous´aime! Dites- moi que vous êtes encore sain et sauf! Soulagez-moi et dites-moi combien d´ennemis sont déjà tombés sous vos bottes mortelles!

En arrachant cette image de mon coeur pour vous la donner dans cette lettre je m´adonne à l´espoir  de pouvoir vous embrasser tôt en chair et en os.

Ma chère Vivian,

Je m´excuse de ne pas vous avoir envoyé de mes nouvelles.

Dès que j´ai foulé le champ de bataille je n´ai pas pensé à autre chose qu´à faire de mon épée la plume avec laquelle j´écrirai les lignes que notre amour merite. Chaque ennemi tombé sous mes bottes mortelles, donc, je vous le consacre, à tel point mon amour pour vous est devenu une lutte à la vie ou à la mort.

Oh Vivian! Cette photo que vous  m´envoyez dans votre lettre et que je contemple comme une amulette et comme le gage de mon immortalité dans le combat pour la cause du Sud, sera au plus haut degré la source dans laquelle je puiserai l´élan pour donner la mort à des braves ennemis qui battront en retraite!

J´avoue qu´à l´heure où je vous écris ces lignes ma moustache n´existe plus otée d´un coup de fleuret et que le parfum de ma chevelure s´est evaporé parmi la fumée des canons et l´odeur des cadavres.

Mais malgré tout,  l´encre rouge de mon sabre continue d´apposer le cachet de notre amour sur des corps qui gisent sur le rivage.

Voilà, ma bien-aimée, que je viens d´écrire ces dernières paroles en tuant un pauvre soldat yankee qui foncait sur moi en poussant des cris comme un fou.

Votre dévoué serviteur vous les dédie.

Les romans du train

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l´abandonna à cause d´affaires urgentes. Il l´ouvrit de nouveau dans le train en retournant à sa proprieté. Il se laissait gagner lentement par l´intrigue et les charactères des personnages.

Le roman présentait un homme qui essayait de lire un roman dans le compartiment d´un train. L´homme y était seul. Aparamment tranquille, il était intimement agacé par une affaire de son passé qui l´empechait de se concentrer sur la lecture d´un roman.

Dans ce roman  un homme, s´asseyant seul dans un compartiment de train, interrompait la lecture d´un roman et se mettait à évoquer une affaire troublante de son passé. L´affaire se rapportait à un incident qu´il avait eu quelques jours auparavant avec un autre voyageur qui était assis en face de lui dans un compartiment de train. Les deux hommes essayaient de lire le même roman. Les deux étaient habillés de la même façon.En fixant leurs regards les deux hommes étaient aussi agacés par la conviction troublante que l´un d´eux était de trop.

Alors, se mettant débout, un des hommes sort un couteau de sa poche et tue l´autre.

Quand le contrôleur arrive au compartiment , il ne trouve qu´un livre ouvert sur un des sièges.

Le contrôleur le prend et se met à le lire.

L´homme qui rétournait à sa proprieté dans le train avait laissé sa place pour aller aux toilettes. Après la lecture à moitié endormi de quelques lignes du roman, il avait voulu se soulager et se débarraser de la sensation étrange d´avoir les mains collantes de sang.

Au moment d´entrer dans le compartiment, l´homme surprend le contrôleur en train de lire le roman. Agacé par une affaire honteuse de son passé, le contrôleur enrougit et aux demandes de l´homme il avoue en sanglots qu´il n´avait acheté aucun billet lui donnant le droit de lire un roman qui ne lui appartenait pas.

Face aux demandes de plus en plus violentes de l´homme qui, hors de contrôle, tenait maintenant le rôle de contrôleur, le contrôleur reculait d´avantage sans pouvoir guère ranimer ses forces défaillantes.

Sur le point de lui assener un coup de couteau, le bras de l´homme qui retournait à sa proprieté se figa d´un coup en l´air, car dans la lutte survenue entre les deux hommes un coup de pied fortuit avait fermé le roman dont la couverture indiquait le titre: “Mein Kampf”

Le savoir absolu au téléphone

diciembre 19, 2015 Deja un comentario

Alexandre passait le temps dans son jardin. Il sifflait très à l´aise quelques chansons de sa Russie natale. Bien qu´il fût encore jeune, il avait vecu déjà beaucoup d´experiences. Moscou, d´abord, Heidelberg plus tard, Paris à la fin…Ce furent les étapes de sa trajectoire singulière. Il eut du temps pour apprendre l´allemand, le sanskrit, le chinois et même pour s´initier à l´hindouisme.Après tout cela quelques années pour s´adonner aux plaisirs charnels et, en passant, gaspiller le patrimoine familial sans avoir mauvaise conscience.

Voilà à quoi Alexandre songeait pendant qu´il tondait de bonne heure la pelouse de son petit jardin parisien.

Tondre la pelouse un dimanche matin , c´était une découverte très recente pour lui. Cela l´aidait à se déconnecter de la tâche qui l´occupait durant la semaine: mettre à l´écrit l´heritage intelectuel de son cher ami George Guillaume Frédéric, mort plus d´un siécle auparavant et grâce auquel il avait pu obtenir un poste de professeur à l´École pratique des hautes-études à Paris, juste au moment où l´argent commençait à lui manquer.

L´oisiveté dont Alexandre jouissait dans son jardin fut d´un coup interrompue par le téléphone sonnant à l´interieur de la maison.

Il arrêta alors de tondre la pelouse, s y rendit et pris l´écouteur:

-“ Oui?”

-“Alexandre?” interrogea une voix que d´abord il ne reconnut pas.

-“C´est moi” repondit il

-“Hereusement que je vous ai trouvé à temps! Bonjour, moi, je suis le savoir absolu en danger de ne pas l´être.”

-“Desolé, monsieur,mais je vous confirme que vous ne l´ êtes plus, car si vous l´étiez, vous auriez du savoir dès le premier instant de notre conversation que j´étais Alexandre” Rétorqua Alexandre en raccrochant dans la foulée.

Stupéfait encore par le ton défiant de ses propres mots, il reconnut aprés coup dans la voix de son interlocuteur celle de son cher ami George Guillaume Frédéric qui l´appellait de l´au délà.

 

 

L´entaille

noviembre 15, 2015 Deja un comentario

L´homme se regarde dans le miroir du cabinet de toilette. Il a une entaille à la tête. Le sang coule. Il aimerait qu´il s´arrête de couler.

En regardant sa blessure, l´homme se souvient de son père, de son visage couvert de mousse à raser lorsqu´il se rasait au-dessus du lavabo. Son père avait l´habitude de lui sourire en lui envoyant un clin d´oeil du haut de la glace.

Au moment de la mort de son père le fils aurait voulu pleurer. Pourtant quelque chose qui lui échappe toujours empecha ses larmes de couler.

Maintenant, face à la glace de son cabinet de toilette le fils blessé s´oblige à sourire, comme pour s´excuser.

Le sang de l´entaille coulant jusqu´aux levres, l´homme serre la mâchoire.

Il se souvient des rires partagés avec ses amis quand il était jeune. Ces nuits tous ensemble, où il aurait voulu voir un vrai divertissement et non l´ennui lâche, l´écoulement anodin d´un temps révolu.

À la façon rageuse de son père lorsque celui-ci se mettait en colère, l´homme se voit froncer les sourcils et se mettre à blâmer le monde, les autres, la vie.

Or, en portant à nouveau son regard sur le réflet de sa tête dans le miroir, l´homme s´aperçoit que la blessure est déjà sèche et que le sang ne coule plus.

L´homme pousse alors un soupir. Puis, se lavant le visage, il y enlève les traces de sang.

Au moment où il decide d´ouvrir la fenêtre du cabinet de toilette un rayon de soleil éclaire la peau de ses joues, fraîches comme s´il venait de se raser.