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Archive for 25 abril 2016

La douceur de la moquette

Il est là, au milieu de l´obscurité de cette chambre que lui rappelle étrangement le salon de son enfance. La moquette bleue et molle sous ses chaussures, le style des meubles remplissant la pièce, la masse obscure de la télé au fond, même la vue des fenêtres s´ouvrant sur la nuit lourde, tout cela lui semble être trop familier pour la tâche dont il s´occupe maintenant. Une tâche qui s´avère plus difficile qu´il ne le pensait…Le corps de la personne qu´il était chargé de tuer est lourd et il ne voit pas comment il pourra le traîner jusqu´au coffre de la voiture.

La tâche l´enerve. Il arrête et pousse un soupir. Il bouge les orteils dans ses chaussures. Il ressens à nouveau la douceur de la moquette. Il regarde au sol ses chaussures. Puis la télé. Il a  envie de l´allumer. Il l´allume en fait. Sur l´écran un film montre le corps d´un enfant allongé sur la moquette regardant la télé.

Stupéfait, il l´éteint. Encore troublé par ce qu´il vient de voir, il s´efforce à se concentrer sur sa mission. Trempé de sueur, il arrive à mettre le cadavre dans la voiture.

Il démarre. Les yeux fixés sur le pare-brise, il se plonge dans un ètat presque hypnotique qui l´amène à evoquer des images comme si les fenêtres de sa voiture étaient un écran auquel il se heurtait malgré lui.

L´image d´un enfant allongé sur une moquette molle regardant la télé semble défiler sur le pare-brise. Un plan de plus en plus général cadre l´image jusqu´ à ce qu´un salón étrangement resemblant à celui où il a commis son crime surgisse dans le pare-brise.

Sur le point de perdre le contrôle du vehicule, il croit entendre le cris d´un enfant l´appellant depuis le passé. Grâce á un réflexe salutaire ,son attention est reprise par la conduite. Ensuite il voit un panneux de signalisation sur la route indiquant le nom d´un village qui lui est familer.

Aussi familier que la chambre où il avait tué la personne qu´il portait dans le coffre de la voiture et que l´enfant dont le cris résonnait encore dans sa tête.

<< “Koldo” était le surnom que ses amis lui avaient donné>> se rappele-t-il en cet instant amèrement. << “Koldo”, ce même gars qu´il avait croisé un jour dans un rêve se déroulant à la télé dans le salon de ses parents et avec qui la brouille avait continué jusqu´au jour de son assassinat>>

Alors il comprit qu´il était en route pour enterrer “Koldo” dans le lieu de sa naissance.

Avant qu´il n´y soit arrivé, il s´avéra que le bruit qu´il avait cru entendre ne correspondait pas au cris lointain d´un enfant, mais aux plaintes étouffées de “Koldo” encore vivant et aux coups que celui-ci donnait en désespoir de cause dans le coffre de la voiture.

Il n´hésita pas.

Il s´arrêta sur le bas-côté, ouvrit le coffre et, avec son revolver, lui donna le coup de grâce.

Puis il accelèra jusqu´à atteindre la mer.

Depuis une falaise il y jeta le cadavre avec une animosité encore surprenante pour les spectateurs de la série-télé dont il était l´acteur principal.

A dialectical pedagogy or a pedagogical dialectic (extract from Alexandre Kojève´s “Introduction to the reading of Hegel”)  // Une dialectique pédagogique ou une pédagogie dialectique extrait de l´oeuvre “Introduction à la lecture de Hegel” d´Alexandre Kojève)

The dialetical speech of the Philosopher that reveals his change, reveals therefore a progress. And since every revealed progress has a pedagogic value, it can be said, to sum up, that every Philosophie is necessarily (as Plato very well understood) a pedagogic dialectique or a dialectical pedagogy that starts from the first question relative to the existence of him who posed it and results finally, at least in principle, in Wisdom, that is, in the answer (if only virtual) to all the possible questions.

Le discours dialectique du Philosophe qui révèle son changement, révèle donc un progrès. Et puisque tout progrès révélé a une valeur pédagogique, on peut dire, en résumant, que toute Philosophie est nécéssairement (comme l´a très bien vu Platon) une dialectique pédagogique ou une pédagogie dialectique, qui part de la première question relative à l´existence de celui qui la pose et qui aboutit finalement, du moins en principe, á la Sagesse, c´est-à-dire-à la réponse (ne serait-ce que virtuelle) à toutes les questions posibles.

The Philosopher´s progress: the expansion of Self-consciousness (extract from Alexandre Kojève´s “Introduction to the reading of Hegel”) // Le progrès du Philosophe: l ´extension de la Conscience – de- soi ( extrait de l´oeuvre “Introduction à la lecture de Hegel” d´Alexandre Kojève)

If the Wise man serves as model to himself and to others (that is, to philosophers, to those who tend toward the ideal that the Wise man realises), the Philosopher is, so to speak, a negative model: he doesn´t reveal his existence but to show that one shouldn´t  be like him, to show that Man doesn´t want to be a Philosopher but a Wise man. The philosopher, thus, changes knowing what one shouldn´t be and what one should become.

It´s evident, anyhow, that if the term “progress” has only a meaning providing it is related to a conscious change, every conscious change is necessarily a progress. Indeed, given that Self-consciousness involves and presupposes memory, it can be said that every change in the realm of Self-consciousness implies an expansion of this latter. Yet I think that there´s no other way to define progress than by saying that progress exists if A can be understood based on B but not  B based on A when going from A to B.

Si le Sage sert de modèle à lui-même et aux autres (s´entend: aux philosophes, c´est-à-dire à ceux qui tendent vers l´idéal réalisé par le Sage), le Philosophe est, pour ainsi dire, un modèle négatif: il ne révèle son existence que pour faire voir qu´il ne faut pas être comme lui, pour montrer que l´homme veut être non pas Philosophe, mais Sage. Le Philosophe change donc en sachant ce qu´il ne faut pas être et en sachant ce qu´il faut devenir. Autrement, dans ses changements il realise un progrès.

Il est d´ailleurs evident que si le terme “progrès” n´a de sens que par rapport à un changement conscient, tout changement conscient est nécessairement un progrès. En effet, étant donné que la Conscience-de-soi implique et présuppose la mémoire, on peut dire que tout changement dans le domaine de la Conscience-de-soi signifie une extensión de cette dernière. Or je ne crois pas qu´on puisse définir le progrès autrement qu´en disant qu´il y a progrés allant de A à B, si l´on peut comprendre A à partir de B sans pouvoir comprendre B à partir de A.

The Philosopher´s discontent (extract from Alexandre Kojève´s “Introduction to the reading of Hegel”) // Le mécontentement du Philosophe ( extrait de l´oeuvre “Introduction à la lecture de Hegel” d´Alexandre Kojève)

He , the Philosopher, has like everyone else, desires. Yet the satisfaction of his desires doesn´t satisfy him, as Philosopher, so long as he doesn´t understand them, so long as he doesn´t insert them in the coherent whole of the speech that reveals his existence, that is to say, so long as he doesn´t justify them ( this justificaction generally, but not always , taking the form of ,what is called, a moral justificaction). And that´s why the ideal of “Wisdom” or of unconscious “satisfaction” doesn´t exist for the Philosopher: the simple fact of not understanding his well-being, his pleasure, his joy or his happiness, even his raptures, already renders him discontent, insatisfied.

But if conscious satisfaction presents itself through the identity with ones own being, consciousness of insatisfaction provokes and reveals change: the Philosopher is an individual that, essentially, changes, that changes consciously, that wills to change, that wills to become and be someone else, and this for the sole reason that he is not satisfied with what he is. Yet given that Self-consciousness presents itself through speech (Logos) and given that a speech revealing change is called a dialectical speech, it can be said that every Philosopher is a dialectician.

Il (le philosophe) a des désirs, comme tout le monde. Mais la satisfaction de ses désirs ne le satisfait pas, en tant que Philosophe, tant qu´il ne les comprend pas, c´est-à-dire tant qu´il ne les insère pas dans l´ensemble cohérent de son discours qui révele son existence, c´est-à-dire, tant qu´il ne les justifie pas (cette justificaction prenant généralement, mais non nécessairement, la forme d´une justificaction dite “morale”). Et c´est pourquoi l´idéal de la “Sagesse” ou de la “satisfaction” inconsciente n´existe pas pour le Philosophe: le simple fait de ne pas comprendre son bien-être, son plaisir, sa joie ou son bonheur, voire son “extase”, le rendre déjà mécontent, insatisfait.

Or si la satisfaction consciente se traduit par l´identité avec soi-même, la conscience de la non-satisfaction provoque et révéle un changement: le Philosophe est l´homme qui, essentiellement, change: et qui change consciemment, qui veut changer, qui veut devenir et être autre qu´il n´est, et ceci uniquement parce qu´il ne se sait pas être satisfait par ce qu´il est. Or puisque la conscience-de-soi se traduit par un discours (Logos) et puisqu´un discours qui révèle un changement s´appelle un discours dialectique, on peut dire que tout Philosophe est nécessairement un dialecticien.

The Rubicon ( extract from Alexandre Kojève´s “Introduction to the reading of Hegel”) // Le Rubicon ( extrait de l´oeuvre “Introduction à la lecture de Hegel” d´Alexandre Kojève)

Let´s take as an example for an “historic moment” the famous anecdote of the river “Rubicon”- Who was there actually strictly speaking? A man strolls along a small river bank during the night. In other words, something very trivial, nothing really “historic” is going on. Because even if the man were Caesar, the event in question would be everything but “historic” should the reason for Caesar´s promenade lie only in an unexpected sleeplessness. The moment is “historic” because the nocturnal stroller is thinking about staging a coup d´état, about a civil war, about conquering Rome and World domination. And it´s all the more “historic” because Caesar projects to carry out all these actions, which still lie in the future. Thus the event in question wouldn´t be “historic” if there weren´t a real presence  (Gegenwart) of the future  in the world ( Firstly in Caesar´s brain). The present is therefore “historic” as long as there´s a relation to the future within it, or rather, as long as the present is a function of the future (Caesar strolling because he´s thinking about the future)

The primacy of future in historical time can be in this sense established. But this is not enough. Let´s suppose that the stroller is a roman teenager dreaming about World domination or a megalomaniac in the clinical meaning of the word,devising a ”project” identical, for that matter, to the one of Caesar. As a result the promenade ceases to be a “historic event”. The promenade is historic only because the person that thinks about his project while strolling  is Caesar ( or “he decides”, that is, transforms an hypothesis without a precise relation to real time into a tangible “project for the future”) Why? Because Caesar has the possibility ( but not the certainty because otherwise there wouldn´t be future strictly speaking, nor any real project) to realise his plans.

However it´s only his past , all of his past, that grants him this possibility The past, that is, the whole of the fights and works carried out along a series of presents in accordance with the project, that is, with the future. It´s this past that distinguishes the “project” from a simple “dream” or from an “utopia”.  Therefore a “historic moment” doesn´t exist as long as there is not a present that organises itself as a function of the future, provided that the future penetrates into the present not in an immediate  ( immediately, as in the case with “utopia”) but in a mediated (vermittelt) way through the past, that is through an action already realised.

Prenons pour exemple d´un “moment historique” l´anecdote célèbre du “Rubicon”- Qu´y a t´il dans le présent proprement dit? Un homme se promène la nuit au bord d´une petite rivière. Autrement dit, quelque chose d´extremement banal, rien “d´historique”. Car même si l´homme en question était César, l´événement n´aurait rien d´”historique” si César se promenanait ainsi uniquement à cause d´une insomnie quelconque. Le moment est historique parce que le promeneur nocturne pensé à un coup d´état, à la guerre civile, á la conquête de Rome et à la domination mondiale. Et notons-le bien: parce qu´il a le projet de le faire, car tout ceci est encore dans l´avenir. L´événement en question ne serait donc pas “historique” s´il n´ y avait pas une présense- réelle (Gegenwart) de l´avenir dans le Monde réel (tout d´abord dans le cervaur de César). Le présent n´est donc pas “historique” que parce qu´il y a en lui un rapport à l´avenir , ou plus exactement, parce qu´il est une fonction  de l´avenir ( César se promenant parce qu´il pense à l´avenir).

Et c´est en ce sens qu´on peut parler d´un primat de l´avenir  dans le Temps historique. Mais ceci ne suffit pas. Supposons que le promeneur soit un adolescent romain qui “rêve” à la domination mondiale, ou un “mégalomane” au sens clinique du mot qui échafaude un “projet” par ailleurs identique à celui de César. Du coup, la promenade cesse d´être un “événement historique”. Elle l´est unquement par que c´est César qui pense en se promenant à son projet (ou “ se décide”, c´est-à-dire transforme une “hypothèse” sans rapport précis acev le Temps réel en un “projet d´avenir “concret) Pourquoi? Parce que César a la possibilité ( mais non la certitude, car alors il n´y aurait pas d´avenir proprement dit, ni de projet véritable) de réaliser ses plans.

Or cette possibilité, c´est tout son passé, et son passé seulement, qui la lui assure. Le passé, c´est-à-dire l´ensemble des actions de lutte et de travail effectuées dans des présents en function du projet, c´est-à-dire, de l´avenir. C´est ce passé qui distinque le “projet” d´un simple “rêve” ou d´une “utopie”. Par conséquent, il n´y a un “moment historique” que là, où  le présent s´organise en fonction de l´avenir, à condition que l´avenir pénétre dans le présent non pas d´une manière immédiate (unmittelbar: cas de l´utopie), mais étant médiatisé (vermittelt) par le passé c´est-à-dire par une action déjà accomplie.

Desire ( extract from Alexandre Kojeve´s work “Introduction to the Reading of Hegel” // Désir ( extrait de l´oeuvre “ Introduction à la lecture de Hegel” par Alexandre Kojève

 

Indeed we all know that the man that contemplates one thing willing to see it as it is without changing anything in it, is absorbed, as it were, by his contemplation , that is to say, by the  thing. This man forgets himself, he doesn´t think but of the thing he is contemplating: he doesn´t think of his contemplation and even less of himself, of his “Self”, of his Selbst. He is all the more unconscious of himself as he is conscious of the thing. He may talk about the thing but he´ll never talk about himself: in his speech the word “I” won´t appear.

In order for this word to appear, there must be something else other than purely passive contemplation that reveals just Being. And this something else is, according to Hegel,  Desire,  Begierde, of which he talks at the beginning of Chapter IV.

Indeed, when Man desires, when he is hungry, for instance, and wants to eat and he is conscious of it, he is necessarily conscious of himself. Desire reveals itself always as “my desire” and in order to reveal desire the word “I” is needed. Man may well be absorbed by his contemplation, the moment the desire of the thing arises, he is immediately recalled to himself. Hence he sees that together with the thing there´s also its contemplation, that there is also him, who is not the thing. And the thing will appear to him as an “object” (Gegen-Stand), as an external reality that it is not in him, that it is not him but a non-I.

Thus it´s not purely cognitive and passive contemplation that forms the basis of Self-consciousness, that is, of real human existence (and , thus, ultimately, of philosophical existence) but Desire ( And , incidentally ,that´s why human existence is only possible  where there´s something called Leben, biological, animal life as there´s no Desire without Life)

However, what else is Desire- one has just to think of the desire called “hunger”,- if not the  desire to transform through action the thing that is being contemplated, to suppress it in its being, which has no relation to mine and is independent from me, negate it in this its independence and assimilate it into me, making it mine, absorbing it through and into my “Self”? So that there is Self-consciousness and, as a result, philosophy, there must exist in Man not just positive, passive contemplation that reveals only given Being . It´s necessary for the human “Self” to be a “ desiring self”, that is, an active Self, a negating Self, a Self that transforms  Being, that creates a new Being through the destruction of the given.

Yet, what is that “desiring Self”- that “Self” of the hungry man, for instance- if not a void eager to be filled, a void that wants to get filled by what is full, to get filled by emptying that fullness and to put itself-once filled- in the place of that fullness, to occupy through its fullness the void made out of the suppression of the fullness that wasn´t his?- Thus, overall speaking: if true (absolute) philosophy  is not ,like the kantian and pre-kantian, a philosophy of conscience but a philosophy of Self-consciousness, a self – conscious philosophy giving account of itself, justifying itself, knowing itself as absolute and revealing itself as such to itself, the philosopher, Man in the deepness of his being, must be not only passive and positive contemplation but also active and negating desire.

But ito be such a desire, Man cannot be a Being that simply is, that is eternally identical to itself, a self-sufficient Being. Man must be a void, a nothingness that is not pure nothingness, reines Nichts, but something else that exists inasmuch as it annihilates Being in order to realize itself at the expense of it. Man is the action that negates, that transforms given Being and  transforms himself while transforming it. Man is what he is insofar as he turns into it: his true Being (Sein) is Becoming (Werden), Time, History and Man doesn´t become, Man isn´t History but in and through the Action that negates the given, the Action of fighting and work- of the work that will eventually produce the table , on which Hegel writes his PhG and of the fighting that will eventually be the battle of Jena , whose noises he hears while writing the PhG. And that´s why Hegel when answering to “who am i?” has taken into account both this table and these noises.

There is no human existence without Conscience and Self-consciousness, that is, without revelation of Being through Word and without revealing Desire that creates the Self. That´s why, within the PhG, that is, the phenomenological anthropology, the elementary possibility of the revelation of the given Being through the Word (implied by the sensible Certainty) on the one hand and, on the other, the Action destroying or negating the given Being (that arises from and through Desire) are two irreducible data, which the PhG presupposes as premises. Still these premises are not sufficient.

En effet, nous savons tous que l´homme qui contemple avec attention une chose, qui veut la voir telle qu´elle est, sans rien y changer, est “absorbé”, comme on dit, par cette contemplation, c´est-à-dire, par cette chose. Il s´oublie, il ne pense qu´à la chose contemplée: il ne pense ni à sa contemplation, ni, encore moins, à soi-même, à son “Moi”, à son Selbst. Il est d´autant moins conscient de soi qu´il est plus conscient de la chose. Il pourra parler peut-être de la chose, mais il ne parlera jamais de lui-même: dans son discours le mot “Je” n´interviendra pas.

Pour que ce mot apparaisse il faut donc qu´il y ait autre chose encore que contemplation purement passive, uniquement révélatrice de l´Être. Et cet autre chose est, d´après Hegel, le Désir, la Begierde, dont il parle au début du Chapitre IV.

En effet, lorsque l´homme éprouve un désir, losrqu´il a faim, par exemple, et veut manger, et lorsqu´il en prende conscience, il prend nécessairement conscience de soi. Le désir se révele toujours comme mon désir, et pour révéler le désir, il faut se servir du mot “Je”. L´homme a beau être “absorbé” par sa contemplation de la chose; au moment où naît le désir de cette chose, il será immédiatement “rappelé à soi”. Du coup, il verra qu´en plus de la chose, il y a encore sa contemplation, qu´il y a encoré lui, qui n´est pas cette chose. Et la chose lui apparaît comme un “objet” (Gegen-Stand), comme une réalité exterieure, qui n´est pas en lui, qui n´est pas lui, mais un non-Moi.

Ce n´est donc pas la contemplation purement cognitive et passive qui est à la base de la Conscience- de- soi, c´est-à-dire de l´existence vraiment humaine (et donc-en fin de compte- de l´existence philosophique) mais le Désir. (Et c´est pouquoi, soit dit entre parenthèses, l´existence humaine n´est possible que là où il y a ce quelque chose qu´on appelle Leben, vie biologique, animale. Car il n´y a pas de Désir sans Vie)

Or, qu´est-ce que le Désir- on n´a qu´à penser au désir apppelé “faim”,- sinon le désir de transformer par une action la chose-contemplée, la supprimer dans son être qui est sans rapport avec le mien, qui est indépendant de moi, la nier dans cette sienne indépendance, et l´assimiler à moi, la faire mienne, l´absorber dans et par mon Moi?. Pourqu´il ait Conscience-de-soi, et par suite, philosophie, il faut donc qu´il y ait dans l´Homme non pas seulement contemplation positive, passive, uniquement, révélatrice de l ´être donné. Il faut que le Moi humain soit un Moi du Désir, c´est-à –dire un Moi actif, un Moi négatuer, un Moi qui transforme l´Être, qui crée un être nouveau en détruisant l´être donné.

Or, qu´est-ce que le Moi du Désir-le Moi de l´homme affamé, par exemple, sinon un  vide avide de contenu, un vide qui veut se remplir par ce qui est plein, se remplir en vidant ce plein, se mettre-une fois rempli- à la place de ce plein, occuper par son plein le vide formé par la suppression du plein qui n´était pas sien?- Donc, d´une manière générale: si la philosophie véritable (absolue) est, non pas comme la philosophie kantienne et pré-kantienne, une philosophie de la Conscience, mais une philosophie de la Conscience-de-soi, une philosophie consciente de soi, rendant compte d´elle-même, se justifiant elle même, se sachant être absolue et se révélant comme telle elle-même à elle-même, il faut que le Philosophe, il faut que l´Homme soit dans le fond même de son être, non pas seulement contemplation passive et positive, mais encoré Désir actif et négateur.

Or, pour pouvoir l´être, il ne peut pas être un Être qui est, qui est éternellement identique à lui-même, qui se suffit à soi- même. L´homme doit être un vide, un néant, qui n´est pas néant pur, reines Nichts, mais quelque chose qui est dans la mesure où il aneántit l´Être, pour se réaliser à ses dépens et néantir dans l´être. L´Homme est l´action négatrice, qui transforme l´Être donné et qui se transforme elle-même en le transformant. L´Homme n´est ce qu´il est que dans la mesure où il le dévient; son Être (Sein) vrai est Dévenir (Werden), Temps, Histoire, et il ne dévient, il n´est Histoire que dans et par l´Action négatrice du donné, l´Action de la Lutte et du Travail- du Travail qui produira finalement la table sur laquelle Hegel écrit sa PhG, et de la Lutte qui será en fin de compte cette bataille d ´Iéna dont il entend les bruits en écrivant la PhG. Et c´est pourquoi, en répondant au “que suis-je’”, Hegel a dû tenir compte tant de cette table que de ces bruits.

Il n´y a pas d´existence humaine sans Consciene ni sans Consciene-de-soi, c´est-à-dire, sans révélation de l´Être par la Parole et sans Désir révélateur et créateur du Moi. C´est porquoi, à l´interieur de la PhG, c´est-à-dire de l´anthropologie phénomenologique, la possibilité élémentaire de la révélation de l´Être donné par la Parole (impliquée dans la ·Certitude sensible) d´une part, et d´autre part, l´Action destructive ou négatrice de l´Être donné ( qui naît du et par le Désir), sont deux données irreductibles, que la PhG présuppose comme ses prémisses. Mais ces prémises ne suffisent pas.

The “I” (extract from Alexandre Kojève´s “Introduction to the reading of Hegel”) //Le “Je” (extrait de l´oeuvre “Introduction à la lectura de Hegel” d´Alexandre Kojève)

Taking  the “I think” as a starting point, Descartes fixed his attention on nothing but the “think” fully neglecting the “I”. But the “I” is paramount because Man and thus the philosopher are not only Consciousness but also and above all Self-consciousness. Man is not just a being that thinks, that is to say, a being that reveals the being through the logos, through a speech made out of words having a meaning. He likewise reveals- also through a speech- the being that reveals the Being, the being that himself is, the revealing being that he opposes to the being that is revealed and to which he assigns the name of “Ich”, “Selbst”, “I”, “Me”.

En partant du “ je pense”, Descartes n´a fixé son attention que sur le “pense”, en négligéant complètement le ”Je”. Or ce Je est essentiel. Car l´Homme, et partant le Philosophe est non pas seulement Conscience, mais encore-et avant tout Consience- de soi. L´Homme n´est pas suelement un être qui pense, c´est-à-dire révéle l´Être par le Logos, par le Discours formé de mots ayant un sens. Il révéle encoré-également par un Discours-l´être qui révéle l´Être, l´être qu´il est lui-même, l´être révélateur qu´il oppose à l´être révélé, en lui attribuant le nom de Ich, de Selbst, de Je, de Moi.