Archivo

Archive for 19 diciembre 2015

Le savoir absolu au téléphone

diciembre 19, 2015 Deja un comentario

Alexandre passait le temps dans son jardin. Il sifflait très à l´aise quelques chansons de sa Russie natale. Bien qu´il fût encore jeune, il avait vecu déjà beaucoup d´experiences. Moscou, d´abord, Heidelberg plus tard, Paris à la fin…Ce furent les étapes de sa trajectoire singulière. Il eut du temps pour apprendre l´allemand, le sanskrit, le chinois et même pour s´initier à l´hindouisme.Après tout cela quelques années pour s´adonner aux plaisirs charnels et, en passant, gaspiller le patrimoine familial sans avoir mauvaise conscience.

Voilà à quoi Alexandre songeait pendant qu´il tondait de bonne heure la pelouse de son petit jardin parisien.

Tondre la pelouse un dimanche matin , c´était une découverte très recente pour lui. Cela l´aidait à se déconnecter de la tâche qui l´occupait durant la semaine: mettre à l´écrit l´heritage intelectuel de son cher ami George Guillaume Frédéric, mort plus d´un siécle auparavant et grâce auquel il avait pu obtenir un poste de professeur à l´École pratique des hautes-études à Paris, juste au moment où l´argent commençait à lui manquer.

L´oisiveté dont Alexandre jouissait dans son jardin fut d´un coup interrompue par le téléphone sonnant à l´interieur de la maison.

Il arrêta alors de tondre la pelouse, s y rendit et pris l´écouteur:

-“ Oui?”

-“Alexandre?” interrogea une voix que d´abord il ne reconnut pas.

-“C´est moi” repondit il

-“Hereusement que je vous ai trouvé à temps! Bonjour, moi, je suis le savoir absolu en danger de ne pas l´être.”

-“Desolé, monsieur,mais je vous confirme que vous ne l´ êtes plus, car si vous l´étiez, vous auriez du savoir dès le premier instant de notre conversation que j´étais Alexandre” Rétorqua Alexandre en raccrochant dans la foulée.

Stupéfait encore par le ton défiant de ses propres mots, il reconnut aprés coup dans la voix de son interlocuteur celle de son cher ami George Guillaume Frédéric qui l´appellait de l´au délà.

 

 

Il faut…

diciembre 14, 2015 Deja un comentario

“Chérie, il faut que nous nous dépechions. Le petit déjeuner est déjà prêt”

À peine reveillée, la femme se bouche les oreilles pour eviter d´entendre à nouveau ces mots de son mari.

“Ma chérie, est-ce que tu m´as entendu?” répete le mari. “Il faut que nous nous dépechions. Le petit déjeuner est déjà prêt”

“Qu´est-qu´il faut, vraiment” se demande la femme enfonçant la tête dans l´oreiller. “Dormir, dormir…Ne pas se réveiller. Se laisser emporter par la chaleur douillette des draps qui enrobent mon corps. Faire la grasse matinée, c´est tout qu´il faut. Rien de plus. Qu´il est chiant, mon mari!” se répond elle même en serrant l´oreiller contre son coeur comme s´il était son vrai mari.

“Mon amour, est-que tu ne vois pas que le petit-déjeuner va refroidir?” insiste le mari pendant qu´il change la chaîne TV sans savoir quoi faire de plus, comme si le retard de sa femme était la cause d´un ennui plus profond qu´il ne le croyait.

“J´arrive, j´arrive, mon chéri” réplique finalement la femme en se détachant douleuresement de l´oreiller comme s´il lui manquait déjà.

Puis elle réjoint son mari sur le canapé face à la télé pour prendre le petit-déjeuner.

Ensuite le mari lui rappelle qu´il faut téléphoner à leurs amis pour les prévenir qu´ils arriveront  en retard.

Ne pouvant plus supporter un nouveau “il faut” après tous les “il faut” qu´il a fallu supporter pendant la semaine, la femme s´empare de la télecommande, éteint brusquement la télé et met sa bouche en cul de poule pour envoyer un baiser à son mari de l´autre bout du canapé.