L´étoffe de nos rêves

“L´étoffe de nos rêves”…”L´étoffe de nos rêves”… Je me répetait ces mots inlassablement en essayant d´arriver à écrire quelque chose. Malhereusement j´avais du mal, ma tête ne trouvant rien. Par rapport à l´étoffe je n´ avais de ma vie rien tissé, même pas cousu un bouton. En ce qui concerne les rêves ça faisait longtemps que je ne rèvais plus. Au cours de ma vie, de fait, j´étais devenu un realiste aux prises avec toute la rêverie du monde. À la limite rien d´autre chose que le realisme allumait mes illusions, il va de soi plutôt pauvres. Avec le recul je me rendais compte que la matière de mes rêves avait été à tel point epuisé que la fierté de ne pas m´illusioner était la seule source de mon illusion. En peu de mots, j´avais fini par aimer me déguiser en realiste, paré, tout au plus, avec un brin de cynisme moyenannt lequel j´esperais attirer des femmes naives et rêveuses.

“L´étoffe de nos rêves”… “L´étoffe de nos rêves”, je me répetais encore une fois. Toute de suite ces mots réveillerent en moi l´envie de m´interroger sur mon manque d´illusion. Quelle histoire, quels personnages se trouvaient derrière cette prévention si anti-illusionante. Du coup je me mis à fouiller dans mes souvenirs, souvenirs d´enfance naturellement. Et voilá que certains personages des bandes dessinés que je´avais lu, affleurèrent dans mon cervaux.

Parmi eux il en avait deux qui répresentaient respectivement la cime et l´abîme de l ´art de se déguiser. D´un côté, “Mortadelo” l´hèros du dessinateur espagnol Ibañez capable de se transformer en n´importe quoi afin d´échouer toujours. D´un autre côté, “Sue” , le membre du groupe de super-hèros americains aux éditions Marvel qui avait le pouvoir de se rendre invisible chaque fois que le groupe entamait un exploit bienfaisant pour l´humanité.

En me rapellant de ces lectures d´enfance je relie mon fort besoin present de me déguiser en realiste à la necessité de trouver un équilibre, quoique précaire, entre ces deux pôles.

Cependant, dès le moment où je prends la decisión de m´habiller en “realiste”, autrement dit, de mettre un costume qui n´aspire à être que moi et rien que moi, je resens dans la foulée le fort besoin d´y échapper, comme si la taille de ce costume était trop serrée pour moi, trop la mienne pour être moi. De là vient alors mon envie de rencontrer mes hèros d´enfance “Sue” et “Mortadelo” par un autre biais, par le biais de la sortie de moi. Une sortie pleine de promesses, bien sûr.

Aiguilloné, donc, par la pauvreté d´un costume dont la taille était trop petite, je me mets à évoquer d´une part ce que j´aurais été si j´avais eu le pouvoir de me rendre invisible et, d´autre part, à quoi serais-je parvenu si, comme Mortadelo, j´avais pu me déguiser en n´importe quoi.

Dans les deux cas, dans la plenitude transformatrice de “Mortadelo” et dans son creux simmetrique incarné par “Sue, la femmelle invisible, un sentiment de toute-puissance m´envahi qui me fait éclater de rire, d´un rire méchant et sauvage, d´ailleurs.

C´est la joyeuse promesse au bout de laquelle on frôle toujours le realisme le plus cruel et grosier, le realisme qui  tout en désabusant les individus, les met aux bottes des phantasmes dont il vaut mieux se méfier.

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