Inicio > Angoulême 10/11/2013, Divertissement, Le Bouscat 26 Août 2013 > Robinsonne (Suite rédigée par Pascale Barone)

Robinsonne (Suite rédigée par Pascale Barone)

Le rêve l’avait toujours sauvée. Sauvée des autres, sauvée d’elle même. En laissant divaguer ses pensées, elle avait appris à sortir du quotidien monstrueux méticuleusement pensé par son époux. Seuls les arcanes de son esprit lui avaient permis de supporter la vie avec celui qui était devenu son bourreau. Pourtant l’histoire promettait d’être belle. Comme une évidence. Elle avait rencontré ce fils de bonne famille et s’était laissée séduire par son désoeuvrement et sa liberté. Elle avait été admirative de la facilité qu’il avait de prendre des décisions, faire des choix, exprimer ses émotions. Toutes choses que le manque de spontanéité dont elle souffrait lui interdisait. Pour lui, elle avait ouvert les bras. Et quand il lui avait proposé de l’accompagner, elle s’était volontiers laissée convaincre. Cette relation du début lui avait permis de se réconcilier avec elle-même jusqu’à un certain point.

Au bout de quelques temps de vie commune, déjà elle avait perçu des incohérences dans son attitude. Mais, aveuglée par le miroir valorisant qu’il savait lui tendre, elle avait laissé de côté son intuition. Et puis, les jours succédant aux jours, il avait commencé à montrer son vrai visage. Derrière l’image brillante et haute en couleur du séducteur, elle découvrit petit à petit les oripeaux et la noirceur. L’infidélité n’était pas le pire de ses maux. Il se révéla progressivement tel qu’en lui-même, pervers et manipulateur. Quand son masque fut totalement tombé, elle parvint à comprendre qu’elle s’était comportée comme une enfant en lui faisant confiance . Réalisant qu’elle s’était complètement fourvoyée, elle en était venue à ne plus penser qu’à une chose : se libérer des chaînes invisibles que cet époux tyrannique avait tissées autour d’elle.

A partir de là, elle  adopta  la psychologie d’une mante religieuse. Elle  déploya une énergie considérable pour affronter la vie qu’il lui faisait mener tout en construisant dans les méandres de son cerveau de multiples scénarios qui pourraient lui permettre de sortir de cette aliénation.

De cette époque datait l’affection démesurée qu’elle avait développée à l’égard de son canari, seule âme qui lui semblait avoir de la valeur et qui la consolait par son chant de la cruauté de son mari.

Dès qu’elle avait un moment de liberté, elle imaginait avec délice les jours où elle se trouverait enfin seule. Plus question alors de se laisser enferrer dans une relation avec qui que ce soit. Toutes ces années de souffrance lui avaient appris à lire derrière le regard des hommes et lui avaient donné envie de se rapprocher des bêtes. Elle s’était vue capable de vivre en autarcie dans une île, entourée d’animaux exotiques telle une Robinsonne. Mais, jamais elle n’avait projeté tout cela sérieusement.

Et maintenant qu’elle se retrouvait perdue au milieu de l’océan, elle avait l’impression de vivre dans un rêve. La solitude était devenue sa plus fidèle compagne et elle en retirait une indicible satisfaction. Outre la maîtresse officielle de son époux décédé, à laquelle elle réservait en pensée un sort qui empirait chaque jour, elle songeait avec délectation quotidiennement à la lente agonie de son mari. Un soir, alors qu’elle venait encore de se laisser aller  à ces pensées mortifères, elle s’aperçut que le chant de son canari, seul rescapé du naufrage, et qui l’accompagnait d’ordinaire pendant ses ablutions, ne parvenait pas à ses oreilles. Quand elle s’approcha  de la cage, ce fut pour constater qu’elle était restée ouverte et découvrir le corps inanimé de son compagnon gisant sur le sol. De chaudes et douces larmes, sensations oubliées depuis toutes ces années qui lui avaient laissé le coeur sec, se mirent à sillonner ses joues.

Ce nouveau jaillissement fut comme une libération. Elle prit conscience que l’esprit vengeur et revanchard qui animait son âme chaque  soir n’était autre que le résidu hérité de son époux. Elle se dit alors qu’elle faisait fausse route. Si elle continuait ainsi, elle marcherait le plus sûrement possible dans les pas de son défunt mari et réaliserait la terrible  prophétie qu’il avait proférée à son insu. Elle décida alors de rouvrir les yeux sur le monde et de sortir d’elle-même. Elle se tourna vers l’océan et se mit à fixer l’horizon où peut-être, un jour, se dessinerait la possibilité d’un homme…

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